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3e édition du Festival international d’art contemporain
A chacun son retour
Accessible jusqu’à vendredi 3 février, au Musée des arts modernes et contemporains d’Alger, l’exposition le Retour, inhérente à la troisième édition du Festival  international des arts contemporains, offre à un collectif de vingt-quatre artistes un espace d’expression pour faire du local et du spécifique le lieu premier d’une identité universelle.

Les artistes exposant au Musée des arts modernes et contemporains d’Alger, originaires des pays du sud ou de l’est de l’Europe, perçus comme périphériques face à une expression artistique mondialisée, reviennent sur les tragédies qu’affrontent leurs peuples : guerres civiles, migrations, occupations, incarcérations, exclusion et racisme, fossilisation de la pensée. Pourquoi avoir opté pour le thème du «Retour» ? A chacun son motif. Les Libanais Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige recueillent par deux fois et à huit années d’intervalle en vidéo les témoignages d’un groupe de rescapés du camp de détention israélien de Khiam, ouvert lors de l’occupation du Sud-Liban en 1985. Libérés en 1999, les ex-détenus décrivent la torture et les conditions inhumaines des geôles israéliennes.
lls reviennent sur l’élan miraculeux qui les motivait, dans le dénuement extrême et au prix d’un immense labeur, à créer de petits objets utilitaires ou simplement beaux avec des matériaux infimes glanés çà et là, à l’insu de leurs geôliers.
Chapelet en noyaux d’olives, jeu d’échecs en savon, jeu de cartes, brosse à dent, aiguille à coudre, crayon fait en papier d’aluminium... constituent autant de victoires de l’esprit sur l’enfer carcéral. Les rescapés retournent deux fois sur les lieux de leur détention : à la fin de l’occupation, lorsque le camp devient un lieu de visite, ensuite après sa démolition par les raids de l’armée israélienne en 2007. Face aux travaux d’embellissement de ce camp de la mort entrepris, les ex-détenus montrent leur indignation autant que leur nostalgie des rapports chaleureux qui les maintenaient soudés face à l’occupant.
Le Malien Cheikhou Ba opère, lui, un retour sentimental sur sa jeunesse. Dans des sacs en plastique remplis d’eau, les photos de meilleurs amis de l’artiste apparaissent comme un moyen d’étancher sa soif de souvenirs. Grâce aux séquences filmées avec son téléphone portable, la Tunisienne Amel Benattia fait découvrir au visiteur l’ambiance nocturne de la rue tunisoise sous couvre-feu dès le 14 janvier 2011, où les débats font rage entre les membres des comités de quartier.
Avec sa série de photos Mémoire dans l’oubli, la plasticienne et vidéaste Halida Boughriet force le visiteur à soutenir le regard de trois veuves de guerre algériennes immortalisées selon un même protocole photographique : allongées sur un sofa, devant une fenêtre ouverte, elles semblent prêtes à faire une paisible sieste quotidienne.
Dans cet univers modeste et digne, sur ces coussins de velours brodé, leurs silhouettes ténues drapées dans des vêtements traditionnels immaculés, leurs visages parcheminés, leurs mains ridées aux grosses veines bleues, leurs postures et leurs regards semblent figés à jamais dans une douleur indicible...
Autant d’installations originales, comme celles des artistes d’Europe de l’Est, Circle Wise du graphiste russe Andrey kuzkin, envoûte et stupéfie.
Un jeune homme, enchaîné à l’intérieur d’un baquet de ciment frais, y tourne jusqu’à l’épuisement. Son but : empêcher le ciment de prendre. Après des jours et des nuits de rotation, il atteint son objectif , laissant le visiteur à ses interrogations.

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