|
Chouf chouf, un nouvel album produit par Mustapha. Qu’y a-t-il de plus simple comme titre pour un chanteur et musicien qui, lors de ses séjours à Alger, ne cesse pas d’observer sa société ?
Pour cet artiste algérien parti en 1981 de Ghermoul, quartier célèbre pour son cachet sportif avec une pléiade de basketteurs, il faudrait rester «ouvert à toutes les cultures». Mustapha Boussadia jouit du privilège de résider à Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris, là où nombre d’artistes français et d’autres nationalités cohabitent, croisent régulièrement dans leur rue et leur petit bus le commun des citoyens et les touristes. Là où, non loin de l’ambiance maghrébine et africaine de Barbès- Rochechouart, les visiteurs s’adonnent aux plaisirs offerts par des peintres, musiciens et poètes dans la commune parisienne au statut particulier. C’est dans le plus grand musée du monde que dans les années 1980, Mustapha a donc rencontré Kevin David, un producteur français. Ce dernier lui a alors demandé d’écrire un titre sale et méchant. «Arrête je suis pressé, touche pas j’suis pressé… », dit-il dans un texte qui a fait son petit bonhomme de chemin. Enfant, Mustapha s’est mis à expérimenter l’accordéon, il a alors sept ans et ses influences sont multiples. Il va très vite à la découverte et comme tout Algérois, il est bercé par le chaabi, l’andalou, la pop, la chanson française, le rock et le kabyle. Adolescent, il se met à écrire des poèmes. Quoi de plus naturel ! La jeunesse est souvent bien rêveuse, romantique et aspire à de beaux jours en couchant sur le papier des mots, des images et une musicalité. Il n’a pas d’idole singulière, mais quand il s’évade pour quelques jours dans son village, à Beni Ouartilane, l’inspiration ne lui manque pas aussi. Il retourne dans sa ville d’Alger, se promène dans les rues tumultueuses du Centre, passe dans les ruelles presque oubliées et s’en va sur la côte algéroise se réfugier. Epargné, enfin, du bain de foule stressant de la rue Didouche-Mourad ou de la place du 1er -Mai et du rythme infernal parisien, il apprécie le ressac de la grande bleue et la pleine lune. Sa passion se donne à cœur joie, tant l’espace est approprié. Il chante son pays : Ya bladi, nous invite à voir ce qui se passe dans Chouf chouf (regarde). Cet émigré qui a fini par développer un regard extérieur, déplore, dénonce ce qu’il découvre durant ses passages : l’incivisme, la dégradation dans les relations humaines, l’absence d’éducation… Un peu nostalgique quand même des années 1970, mais pas dérangeant. Mustapha a beaucoup de respect pour ses ancêtres. Il est d’une grande sincérité. Il narre l’amour pour Fahima et surtout pour sa maman : Aye aye. Il use aussi bien de sa langue maternelle, le tamazight, que de l’arabe dialectal et du français. Les compositions et les arrangements de ce premier album sont d’une telle consistance qu’il faut beaucoup d’énergie sur scène. D’autant qu’ils sont signés par des personnalités de renom. Encore un privilège pour Mustapha d’avoir connu le jazzman algérien Rachid Bahri, le guitariste Mourad Rahali de T34, un parolier comme Kamel Hammadi, des arrangeurs comme Michel Bourdin, Christian Maurice et Mustapha Mekerkeb. Durant son itinéraire français, il s’est également produit sur scène aux côtés de Djamel Allam, Idir, Takfarinas, Madjid Soula et Brahim Izri. Nous l’applaudirons, un jour, dans une salle d’Alger ou ailleurs dans son pays.
 |