| Des remparts dressés contre l’oubli |
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Béjaïa, l’une des villes les plus courtisées par les estivants, constitue une destination de rêve pour les touristes locaux, émigrés ou même étrangers qui désirent passer des vacances paisibles dans ce paradis miniature où la beauté des paysages le dispute au charmant accueil de la population. Dans cette ville aux mille mystères et autant de joies et de découvertes, un événement marque depuis l’an dernier la saison estivale. Il s’agit du festival de Djoua organisé par l’Association pour la protection et le développement du patrimoine et du tourisme qui s’est déroulé du 15 au 22 juillet. Dès notre arrivée au centre-ville de Béjaïa, des affiches et des banderoles nous accueillaient pour nous annoncer qu’à 30 kilomètres de là, dans une montagne mythique culminant à plus de 1 000 mètres d’altitude, se tenait un événement pas comme les autres. Attiré naturellement par cette palette où sont représentés tous les genres traditionnels du pays, le visiteur est tout simplement subjugué par la richesse et l’originalité de cet espace où il peut passer des heures à batifoler d’un stand à l’autre, discuter longuement avec les artisans pour enfin céder à l’envie pressante de s’offrir quelques petites merveilles venues du Hoggar, de l’Ouest algérien ou de Kabylie. Ce grand intérêt accordé par le festival à l’artisanat s’inscrit dans la démarche principale des organisateurs qui misent sur le retour aux origines comme facteur de réussite dans le challenge du développement durable et du tourisme. Plusieurs villages du territoire d’Ath Bimoune où est situé le mont Djoua ont été désertés depuis qu’il a été déclaré zone interdite en 1958 par les autorités coloniales. Cet exode massif a donc entraîné un abandon total des métiers anciens caractéristiques de la région, dont l’artisanat. «Nous ne pouvons pas aller vers l’avenir et élaborer des projets modernes si nous ne nous tournons pas vers ce qui a fait jadis l’essor économique et social de nos villages. Le tourisme de montagne qui fait partie de nos perspectives exige la revalorisation des métiers anciens qui font également partie d’un patrimoine menacé par l’oubli», nous explique M. Youcef Khelfaoui, président de l’association Djoua. Le patrimoine, ce mot cher aux organisateurs, est au cœur du festival puisqu’il s’agit avant tout de sa réhabilitation et de sa protection. La tâche est loin d’être facile mais la volonté y est. En témoigne ce «Mur de la mémoire» dont la construction a été entamée le deuxième jour du festival par les 400 enfants venus des 48 wilayas, chacun muni d’une pierre ramenée de sa région pour la déposer sur le chemin muletier qui mène au pic de Djoua. Ce mur n’est à présent qu’une petite esquisse de ce qui deviendra dans quelques années un monument de mémoire qui rappelle inévitablement le chemin sinueux emprunté par nos aïeuls pour transporter et vendre leur charbon de bois, leur chêne-liège et leur miel au port de Béjaïa. Le patrimoine fut également représenté par l’art culinaire. Vieilles dames, jeunes filles et garçons se sont mis de la partie pour préparer aux visiteurs de succulents plats traditionnels. Dans ce même cadre de réhabilitation du patrimoine, une opération de restauration d’une vieille maison kabyle a eu lieu dans le village d’Ath Bimoune. Les travaux qui ont commencé pendant le festival se poursuivront lors de la prochaine édition et aboutiront à la rénovation totale de cette bâtisse qui témoigne d’une architecture rurale unique en son genre. Le patrimoine mis en valeur par le festival ne se limite pas aux aspects de la vie quotidienne d’une société kabyle révolue mais s’étend également aux temps les plus reculés de l’histoire. Le Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH) se met également de la partie. Dès le lancement du Festival de Djoua, une expédition de jeunes étudiants en archéologie, menée par le professeur Brahim Boussaâdia, a été dépêchée au pic montagneux de Djoua par l’anthropologue de réputation internationale et président du CNRPAH, M. Slimane Hachi. Les fouilles ont débuté le 16 juillet et ont duré jusqu’au 20 du même mois. «Le CNRPAH a initié ces fouilles car nous avons reconnu l’importance de ce site. Nous y avons découvert jusqu’à maintenant des structures de constructions anciennes et des céramiques qui dateraient soit de l’ère antique, soit de l’ère médiévale. Nous ne pourrons trancher avant de faire les analyses requises. Ces fouilles seront officialisées et nous permettront donc de mettre ce site sous protection du Centre et donc de l’Etat», nous affirme M. Hachi. Quant au professeur et chef de l’expédition M. Boussaâdia, il insiste sur la nécessité de s’intéresser à l’anthropologie et à l’histoire rurale : «Nous avons jusque-là accordé plus d’importance aux découvertes archéologiques en milieu urbain, au détriment du rural. J’estime que ce que nous pourrons trouver comme pièces antiques en milieu rural représentera mieux l’histoire du pays «. Les fouilles se poursuivront l’année prochaine et promettent déjà des découvertes intéressantes dans ce pic où la terre humide murmure dans le brouillard une présence secrète, celle probablement d’une vie antique qui anima un jour le quotidien de cette montagne. Sarah Haidar
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