dimanche, 13 décembre 2009 00:28

FARID FERRAGUI À TIZI OUZOU

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C’est une rencontre conviviale qui s’est déroulée, jeudi après-midi, à la salle du petit théâtre de la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou.

Ils étaient des centaines, les fans de Farid Ferragui, à faire le déplacement afin d’assouvir leur curiosité et rencontrer leur idole. Quand, à 14 heures, l’artiste entre dans la salle, il est accueilli par des applaudissements.
L’ambiance est plutôt décontractée. On dirait que nous sommes membres d’une même famille. C’est comme si le public connaissait personnellement Farid Ferragui depuis des lustres. C’est dire à quel point les chansons de Farid ont été prégnantes.
L’animateur Slimane Belharet met beaucoup d’humour dans ses questions, mais Farid Ferragui reste de marbre. Il veut communiquer sérieusement avec son public, écouter ce dernier et lui dire des choses qu’il a pourtant exprimées dans les vingt albums qu’il a produits depuis son premier pas dans l’art, en 1981. Dans la salle, le public est constitué de toutes les tranches d’âge. Nous sommes surpris de trouver dans la salle des jeunes filles et garçons d’à peine dix-huit ans au moment où il se dit que la nouvelle génération n’est sensible qu’aux chansons «non-stop». Cette rencontre est donc un démenti formel quant à l’absence de relève du public de la chanson thématique. Certains jeunes fans ont même reproché à Farid Ferragui son absence prolongée de la scène. Comme cette jeune étudiante à Boukhalfa, qui a demandé à l’artiste de venir animer un spectacle dans leur cité universitaire ou cette autre jeune fille qui a interrogé l’artiste: «Pourquoi ne vous produisez-vous pas dans les chefs-lieux des communes car il n’est pas donné à tout le monde de se déplacer jusqu’au chef-lieu de wilaya assister à un gala et rentrer ensuite en fin de journée au village?» Farid Ferragui a répondu à la première qu’il chanterait avec plaisir dans les résidences universitaires, à une seule condition: que la sonorisation soit de bonne qualité. A la deuxième question, le chanteur a expliqué que lui-même est déçu de ne pas pouvoir chanter dans les chefs-lieux communaux et de daïras comme cela ce faisait avant, à cause de l’absence d’infrastructures adéquates. Farid Ferragui a rappelé, qu’en 1986, il a chanté six journées de suite dans la région de Seddouk, wilaya de Béjaïa. Pourquoi ne pas renouveler l’expérience aujourd’hui? L’absence d’infrastructures est le seul obstacle à la concrétisation d’une telle intention.
Durant toute son intervention, Farid Ferragui, n’a pas cessé de faire référence à ses textes chantés afin d’apporter des éclaircissements aux questions de ses admirateurs. «J’ai répondu à toutes vos questions dans mes chansons. Depuis l’album de 1987, je communique avec vous. Vous m’envoyiez des lettres et je répondais à travers mes chansons», affirme l’artiste, visiblement ému devant l’engouement de son public. «A travers mes chansons, l’amour que mon public me donne, je le lui restitue. C’est le public qui me pousse à rester dans la chanson. Entre nous, il n’y a jamais eu de calculs. Nous avons partagé uniquement la vérité», ajoute l’artiste de Tizi Ghennif.
Slimane Belharet a demandé à son invité comment se fait-il qu’il ait troqué son métier d’enseignant et son diplôme de journaliste contre le luth et la musique. Pour lui, toute cette trajectoire s’explique par un seul mot: l’amour. C’est une histoire d’amour entre l’art et lui. Un amour qui n’a cessé de croître au fil des années jusqu’à s’imposer. L’invité de Slimane Belharet est revenu sur sa longue traversée du désert de 1990 à 2000. Il avait décidé de renouer avec la scène en 2000, il s’était dit que si le public ne répondait pas, il allait mettre fin à sa carrière, car un artiste, c’est d’abord et avant tout son public. Mais la surprise fut grande. La tournée a fait un tabac dans toutes les villes où il s’est produit. Cette expérience l’a revigoré. Il reprend de plus belle son parcours et revient avec d’autres albums aussi émouvants et avec des innovations, particulièrement dans le domaine de la poésie où il a beaucoup mûri. Le fait que le public lui soit resté fidèle s’explique, d’après lui, par l’absence d’efforts de sa part afin de se fabriquer une image. «Je suis resté toujours moi-même.» Dans la salle, un quinquagénaire se lève et demande à lire un poème qu’il a écrit en hommage à Farid Ferragui. C’est un texte agréable en kabyle et dont les quatre derniers vers ont été écrits en langue française.
La salle applaudit encore une fois. Slimane Belharet questionne son invité si l’on pouvait chanter des chansons politiques sans être vraiment imprégné de ce qui se passe dans la réalité.
L’invité répond qu’un artiste peut chanter sur divers sujets, mais quand il décide de s’attaquer aux problèmes de son pays et de sa société, il faut qu’il soit bien informé et averti, car il s’agit d’une responsabilité à assumer. C’est alors qu’un participant, dans la salle, pose une autre question en rapport avec la première: «Un artiste doit-il se taire quand son pays traverse des moments difficiles, C’est dans ces moments que le pays a besoin de l’artiste.» Farid Ferragui répond que durant les années quatre-vingt-dix, il ne pouvait pas prendre la responsabilité de chanter sur scène au risque de mettre en péril la vie de ses fans. Toutefois, il n’a pas cessé de produire des albums où il parlait des différents événements ayant secoué le pays: «Je ne peux pas chanter quand les gens pleurent.» Sur la notion de l’engagement d’un artiste, Farid Ferragui a indiqué que chaque artiste est engagé à sa manière. Toutefois, il faut se respecter et s’accepter mutuellement. «Un véritable artiste, même un grand homme politique, est celui qui rassemble et non pas celui qui divise. Il est plus facile de diviser que d’unir», ajoute Farid Ferragui. Un autre fan a questionné Farid Ferragui s’il s’inspirait des autres cultures dans son travail artistique.
L’artiste répond que «oui». Il s’inspire de la culture kabyle, mais aussi, de la culture orientale que française: «Tout artiste vit avec des influences.» Toujours en réponse aux questions du public, Farid Ferragui a indiqué qu’il a toujours donné la possibilité à des artistes débutants de se produire dans ses spectacles.
«Quand ces jeunes se produisent, cela me rappelle mes débuts. Malheureusement, à mes commencements, je n’ai pas trouvé quelqu’un qui pouvait me prêter main forte», révèle l’invité. Interpellé sur le fait qu’il tarde à produire des nouveautés, Farid Ferragui explique que plus le public t’estime, plus tu dois ne pas le décevoir et qu’il faudrait lui donner encore mieux: «Il vaut mieux se taire quand on n’a rien à dire.» Interrogé plusieurs fois et avec insistance à propos de la vague de jeunes chanteurs spécialisés uniquement dans les chansons légères, l’orateur a précisé qu’il s’agit de notre jeunesse et qu’il faudrait plutôt comprendre que de condamner. D’après lui, les médias, notamment la télévision, a contribué à l’émergence de ce genre inspiré directement du style raï.
D’autres fans ont demandé à leur idole pourquoi il ne réfléchirait pas à enrichir son orchestration? Farid Ferragui avertit qu’une telle idée est une arme à double tranchant qui risque de décevoir, une fois concrétisée. Sur son absence de la télévision algérienne, Ferragui rappelle qu’à une certaine période, tous les artistes libres ne passaient pas à la télévision. Et maintenant, si les choses ont évolué, c’est tant mieux!
La victoire de l’Equipe nationale réjouit Farid Ferragui qui dit qu’elle permettra à notre pays d’être connu à travers le monde. Quant aux insultes, il répond que le rôle d’un artiste est de semer l’amour et l’amitié.
Les témoignages de ses fans ont succédé et étaient tous empreints d’émotion comme celui d’une dame qui a affirmé qu’elle écoutait déjà les chansons de Farid Ferragui, en compagnie de son père quand elle était petite. A un jeune qui avouait à Farid Ferragui son désespoir devant l’amour, Farid Ferragui rappelle qu’un vrai amour revient toujours. «L’amour peut nous quitter, mais il ne meurt pas. Il vit avec nous. Il ne faut pas fermer les portes de l’espoir. Il ne faut pas trop faire de calculs dans la vie. Il faudrait plutôt laisser les choses venir», a conclu Farid Ferragui qui animera deux concerts à la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, les 25 et 26 décembre prochains.

Lu 918 fois Dernière modification le jeudi, 25 octobre 2012 15:57
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