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Festival de louthar: L’Aïta enfin réhabilitée

· Grand succès de la première édition

· Plus de 100 artistes y ont pris part


Pour une première édition, ce fut un véritable succès que celui rencontré par le Festival national de louthar. Ouverte vendredi dernier dans la soirée à Ben Ahmed (province de Settat), sous le thème ‘’Patrimoine et reconnaissance des hommes’’, la manifestation s’est poursuivie jusque tard dans la nuit de dimanche à lundi sur les rythmes mélodieux et détonants de cet instrument ancestral.
Ce festival dédié à «louthar», cet instrument traditionnel de musique à trois ou quatre cordes, a réuni une centaine d’artistes venant des régions de Chaouia-Ouardigha, Tadla-Azilal, ou encore des Zayane et surtout Abda.
Parmi les grandes figures de ce genre musical, qui se sont relayées sur la scène trois jours et trois nuits durant, figuraient Mohamed Rouicha, Jamal Zarhouni, Al Mahfoudi, Labhalla ou encore Ahmed Ould Kaddour, auquel les organisateurs ont réservé lors de la soirée d’ouverture un vibrant hommage pour l’ensemble de sa longue carrière. Figure emblématique de l’Aïta au Maroc, ce natif de Ben Ahmed a marqué de son empreinte la scène musicale marocaine durant les dernières décennies. Virtuose de louthar, Ahmed Ould Kaddour a imprégné la scène musicale populaire de sa musique et de ses mots profonds et percutants.
Mais, le clou de ce festival a été sans conteste le soir où une trentaine d’artistes et chioukhs de louthar, appelé également sous d’autres cieux guembri, ont donné ensemble une représentation.
Une sorte de “symphonie’’ composée par le grand maître de louthar, Jamal Zarhouni. C’est la première fois dans l’histoire des arts traditionnels qu’un tel nombre de chioukhs ont joué ensemble. «Nous avons répété ensemble pendant plus de quatre mois, car nous voulions réussir cette première sortie et marquer ainsi le démarrage d’une nouvelle ère pour cet instrument», a souligné à L’Economiste Jamal Zarhouni. La «symphonie» fut un coup de maître.
Les artistes ont été longuement applaudis par le nombreux public présent qui a très apprécié leur prestation et en redemandait encore plus. «Nous n’avons interprété que les grandes chansons et créations de l’Aïta, telles qu’elles ont traversé le temps. Il m’a fallu des années de recherche pour retrouver les traces originales des différentes chansons telles qu’elles étaient interprétées il y a des décennies», indique Zarhouni. Et d’ajouter: «Ce festival va permettre de restituer toute une partie du patrimoine national de louthar car il va permettre à partir d’aujourd’hui d’archiver toutes les chansons ressuscitées».  
Selon les organisateurs, cet événement cherche avant tout à sauvegarder un patrimoine encore présent dans de grandes régions du Maroc, d’autant plus que cet instrument de musique populaire n’est plus fabriqué que dans les régions de Safi et Meknès. Mais malheureusement, le ministère de la Culture a fortement brillé par son absence. Et c’est peut-être tant mieux pour la continuité de ce festival quand on se remémore tous les festivals organisés par ce département et qui ont, à chaque fois, été un fiasco monumental.
En tout cas, l’Association des oeuvres sociales des cadres et fonctionnaires du ministère de l’Intérieur de la province de Settat, initiatrice de cette première édition, est décidée d’aller de l’avant. Mais cette fois-ci sans son «partenaire», le Conseil municipal de la ville de Ben Ahmed qui, jusqu’au bout, refusait de mettre la main à la poche et honorer ses engagements vis-à-vis de l’Association. Pourtant, l’organisation du festival a fait l’objet d’une convention entre les deux parties. Seulement, le Conseil communal «pjdiste» de Ben Ahmed est tombé dans le piège de considérations aussi mercantiles que pécuniaires et a cherché par tous les moyens à faire supporter le financement et les frais de l’organisation du festival par la seule Association oubliant de fait que le festival en question était avant tout destiné à cette ville et que c’est le Conseil qui allait, politiquement, en tirer profit.
Pour rappel, Ben Ahmed est une petite ville comptant près de 28.000 âmes dont plus de 15.000 ont suivi la dernière soirée du festival qui a été animée par le grand Mohamed Rouicha et d’autres chioukhs de la région. Ben Ahmed est située dans une région de moyenne altitude, entre Khouribga et Settat, à 70 km de Casablanca. Au coeur de la région Chaouia-Ouardigha, Ben Ahmed a contribué pour beaucoup à l’essor de l’Aïta grâce à des chioukhs de renom qui ont perpétué cette tradition musicale ancestrale.


Plus jamais à Ben Ahmed?


Les organisateurs de la première édition du festival de louthar sont décidés à ne plus revenir à Ben Ahmed au vu des problèmes qui leur ont été posés par certains membres du Conseil municipal censé être leur partenaire.
En tout état de cause, l’Association a procédé à l’enregistrement du festival auprès de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC). Elle a aussi décidé de l’intituler «Festival national itinérant de louthar et guembri».

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