| La force tumultueuse d’un artiste éclairé |
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L’homme en question est peu disert, il porte l’âge de ses artères. Il a ce regard droit et sincère de ceux qui savent ce qu’ils veulent. il a depuis toujours su ce qu’il voulait, être de cette race d’artistes qui embellissent le monde, qui le rendent plus digeste et, sans nul doute, plus compréhensible. Belaïd Djaoudene est fait de chair et de sang, mais il est fait aussi de cette essence de la sensibilité, accentuée par une mère aimante qui l’encourage dans son aventure esthétique. Le plasticien est construit dans la sensibilité exacerbée de son regard pointu sur le monde qui l’entoure. En 1997, le destin prend les choses en main.Belaïd, jeune potache puis jeune lycéen, ne cesse de voir les choses différemment. Il sait qu’il a un regard différent, il sait qu’il peut agir sur son monde dans une attitude différente de celle de ses pairs. Cela, bien sûr, se concrétise par une réussite au concours des Beaux-Arts et c’est le grand maelström d’images et de sensations. C’est, en gros, la miniature après un tronc commun en arts plastiques. Ce sont alors quelques essais réussis pour faire de la peinture son credo ultime. Le sort en est jeté, Belaïd Djaoudene fait l’apprentissage de son art en ralliant Alger, après de nombreuses années passées dans sa Kabylie natale. C’est aussi un choc poignant, qui ne le laissera jamais plus indifférent face à ce qui se passe dans son Algérie adorée. La violence, le sang, le terrorisme et la mort ambiante donneront le rythme et le ton à un travail de la miniature, qui deviendra son fer de lance pour traduire cette idée qu’il est artiste, qu’il doit être témoin et aussi acteur de son temps, grâce – et en dépit de tout – à cette violence récurrente qui, finalement, lui confirme qu’il n’existe probablement pas, dans une règle esthétique immuable de création sans crise. Le plasticien est ainsi fait, de cette pâte sensible, insolente dans son ambition et mesurée dans ses actes. Bien que la situation qui l’entoure est poignante, Belaïd Djaoudene termine son cursus à l’ESBA en décrochant la place de major de promo, et ce grâce à une abnégation et à un sérieux qui le placent parmi les meilleurs de sa génération. Le tout est rehaussé par un mémoire qui porte la problématique du tatouage traditionnel chez les femmes de Kabylie. Un pas de plus pour cet étudiant fougueux qui se discipline, pourtant, dans cet art consommé du calme et de la patience qu’est la miniature. Curieusement, Djaoudene se structure et apprend le calme et la discipline, s’exerçant sur ses travaux qui révèlent un talent novateur et certain, car faisant appel aux aplats, à quelques notes de perspectives, de la ronde bosse et volumes, autant d’éléments intéressants dans son travail. Eléments qui, pourtant, ont suscité bien des grimaces et réactions courroucées des puristes miniaturistes et autres calligraphes, lesquels voient mal la novation et le renouvellement des techniques par les néo-miniaturistes qui, eux, s’inventent un monde nouveau. Mais qu’à cela ne tienne, le plasticien marque un pas vers la nouveauté, sachant qu’il maîtrise son art au cordeau. La finesse de son traité et le choix voluptueux de ses formes, décorations et sujets laissent pantois. Par ailleurs, Belaïd, inspiré comme toujours, s’est longuement attelé aussi à la création de bijoux. Il fait des maquettes et s’essaie à l’écriture, histoire de laisser des traces. La miniature n’a plus de secrets pour lui. Il affirme, dans une phrase iconoclaste, que la miniature est loin de s’arrêter à Racim. Il déclare d’ailleurs aimer autant la miniature perse que la miniature turque contemporaine, découverte en compagnie de deux maîtres, venus il y a quelque temps exposer en Algérie. La décoration lui laisse aussi de bons souvenirs avec le plasticien Sahraoui, qui le mène, pour sa part, dans quelques pérégrinations colorées, comme, par exemple, la décoration des superbes plafonds de l’Amirauté. L’enseignement dans le plaisir de la transmission L’enseignement, ce goût du partage et de la transmission le rattrapent. L’artiste est professeur en miniature, en calligraphie et en photographie au sein de l’Ecole régionale d’Azazga. Le contact avec les étudiants est facile. Le partage est là, entre photographie, arts appliqués musulmans et autres disciplines, après quelques passages, en 2006, à la maison de la Culture de Béjaïa ainsi que dans une école privée en tant qu’enseignant. Belaïd Djaoudene se met aussi à quelques élans d’écriture après quelques passages dans le monde des arts et des expositions collectives. Entre hommages et commémorations collectives, il se consacre sans cesse à son art de la composition et de l’enluminure, dans lequel il exprime d’ailleurs un talent consommé de la mise en page et du sens du détail, «creusant» et ciselant ses dessins à force de gouache, dans de terribles scènes de la vie quotidienne, de la violence récurrente et du mal-être redondants, pourtant mis en scène sur des surfaces qui, au-delà de leur dimension minuscule, résument à elles seules une partie de la vie. Le plasticien se place en tant que témoin, en offrant au regard une œuvre magistrale très bien construite sur les choix de couleurs ainsi que sur une palette tourbillonnante de grâce et de force tranquille. Cet adepte de la miniature originale nous montre donc une série d’œuvres qui dépassent la notion de support, en intégrant des éléments nouveaux d’ornementation et de thématique, avec une éventuelle et hypothétique inscription dans le registre moderne, à la limite du contemporain, et ce par des incursions plastiques dans des valeurs esthétiques qui sont à contre-courant, comme ces sfumatos de couleur qui n’ont pas de lien, ni apparent ni convenu dans la pratique traditionnelle de l’art de la miniature dans toute sa splendeur. En tout cas, le travail de Belaïd Djaoudene en dit long sur sa délicate propension à apporter du nouveau dans cet art séculaire, qui ne supporte pas les sorties de sentiers battus. Il n’en demeure pas moins que ce plasticien attachant laisse des traces derrière lui en sondant plusieurs univers, avec plusieurs cordes à son arc, en tutoyant en ce moment même les arcanes du cinéma, participant à l’élaboration d’éléments de décors de films. Le chemin continue avec quelques projets artistiques : une exposition individuelle et, peut-être, l’écriture, qui le titille aussi, avec cette nécessité de transcrire notre culture authentique pour l’offrir aux générations montantes. Voilà quelques indices concernant quelques artistes qui, au-delà de leur discrétion, donnent de nombreuses preuves au quotidien que l’abnégation et l’éthique de la démarche artistique donnent des résultats probants…
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