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L'artiste peintre Akila Benyahia

A la rencontre de toutes les formes d'art

Le peintre halète, absorbe les poussières de la couleur qui s'effrite. Contraste d'un cops tendu et d'une matière friable. Paradoxe de la craie qui passe de l'état compact à l'état pulvérulent, de la poussière dansante à la surface transparente ou saturée.

Il s'agit de l'artiste Akila Benyahia qui a exercé tous les genres des arts plastiques : la chorégraphie, la musique, la poésie, le théâtre. Partie en France à l'âge de 6 ans avec ses parents émigrés, elle ne reverra l'Algérie qu'à l'âge de 40 ans lorsqu'elle est venue exposer ses œuvres au Palais de la culture. Elle fut émerveillée : «Je me sentais renaître de nouveau. Avant de venir, les gens m'ont dit : fait gaffe à toi, il y a l'insécurité, mais j'étais obsédée de revoir l'Algérie.»

Mais l'amour que Akila porte à l'Algérie remonte à plus loin. «J'avais 14 ans lorsque mon oncle paternel qui venait d'Algérie m'avait apporté une orange de mon pays.» Ce fruit exquis et qui à une portée symbolique inspire Akila Benyahia.

«Tu es si petite sans ride Ta peau frileuse, si rigide Couvre ton corps juteux Qui parait si délicieux Tu es venue de loin M'apporter comme soutien La nouvelle du pays bien-aimé Toi mon orange D'Algérie (….).»

Dans l'art qu'exerce Akila Benyahia, tout est animé. L'espace concret de travail se transforme au gré des forces de frottements en lieux fantasmatiques où l'insistance du geste imprime à la fois dans ses mouvements de rotation, tache, dessin, direction, volume. Dessiner en même temps que les musiciens, c'est aussi marier plusieurs arts à la fois.

C'est la gymnastique des bras, des épaules, de tout le haut du corps qui entraîne le mouvement des mains, des doigts, qui appuient, massent, insistent, s'acharnent. L'oeil ne précède pas le geste. Regard et geste se confondent dans le même élan, le même flux d'énergie. L'itinéraire du peintre n'est pas tout tracé. Il s'élabore dans la communication entre support et matière. Etreinte excessive, ivresse d'un ailleurs qui surgit ici et maintenant  dans ce geste qui pourrait être celui de l'ouvrier s'il obéissait à un ordre. La rapidité d'exécution est saisissante… la méthode est inspirée.

Dessiner en même temps que les musiciens, c'est aussi marier plusieurs arts à la fois. Les dessins procèdent d'un moment privilégié… les formes sur le «qui-vive» sont retravaillées par la mémoire ; "travailler en même temps que les musiciens, c'est l'occasion d'un échange d'énergie. Ce que je fais est un témoignage des sensations qui me traversent.

Quand le son se propage, je dessine sans regarder ce que je vois. Je me laisse envahir par les ondes qui se traduisent sur la feuille. Le dessin n'est pas filtré par l'œil. Les vibrations engendrent des obliques". Les sons de tuyaux d'orgues aquatiques donnent de suite le ton et naissent alors des images, des musiques et chansons universelles Venez à l'eau ! C'est le titre d'un spectacle que Akila a réalisé avec deux autres comédiennes musiciennes.

Un trio créé avec beaucoup de sensibilité et d'humour, un univers plastique et poétique étonnant. Les sons de tuyaux d'orgues aquatiques donnent de suite le ton et naissent alors des images, des musiques et chansons universelles. Tambours d'eaux pygmées, percussions éclaboussées, chants berbères, chant de mer, bambous géants et tissus brillants composent un spectacle scintillant d'une couleur, de cultures du monde ; de gouttes d'eau et de sensations fortes.

Akila Benyahia, peintre plasticienne scénographe, est née le 26 octobre 1958 à Medjana, Bordj Bou Arréridj.  Installée en France à l'âge de 6 ans, elle a effectué six années de dessin aux ateliers des Beaux-arts de Paris. Peinture contemporaine à l'atelier Koller. Elle est diplômée de l'Ecole normale de l'académie de Versailles. En matière de peinture, Akila a exposé dans plusieurs pays à travers le monde.

En Algerie, elle a exposé au Palais de la culture et à Batna. Concernant la peinture sur scène avec les musiciens, elle a participé avec le club de jazz «Instant chavire» et avec des danseurs et musiciens du Niger. Elle a créé plusieurs costumes, décors et scénographies pour plusieurs spectacles.

Loin des clichés, ce qui guide Akila, c'est l'enrichissement du contact  humain  et la rencontre de toutes les formes d'art. Elle affirme : «Ma volonté est d'aller sans cesse au-delà des barrières de chacun, encourager  l'expression de toutes ses possibilités artistiques.»
Cette  rencontre, elle l'a désirée et aime la provoquer avec tous ceux qu'elle croise, professionnels ou amateurs.

Le regard neuf  et l'étonnement  provoqué par la première trace émotive sont toujours un très grand plaisir pour Akila qui se réjouit de l'immense champ alors ouvert à la création. Cette démarche l'a amenée à se confronter à divers exprimes qui résonnent en elle : aussi bien aux côtés des plasticiens, musiciens, comédiens, qu'aux côtés d'écoliers, de mères de famille, de groupes de jazz, de rap, de rock… et dans cette dernière période dans le domaine de la scénographie et de la sculpture de l'espace.

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