| LES MUSICIENS BOUDI LAMRAOUI ET ABOUD DJELOUL |
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Les tendances, les goûts, et les modes changent, meurent, reviennent, pourtant rien ne semble inquiéter un tant soit peu l’ancienne et l’intemporelle gasba, qui a su et pu résister et faire face aux sonx les plus magiques, les plus forts, les plus en vogue et les plus prisés. Cet instrument, el gasba, flûte des Aurès, exerce une magie aussi bien sur les musiciens que sur les mélomanes, qui lui restent fidèles, en dépit de son soi-disant “archaïsme”. Boudi Lamraoui et Aboud Djeloul, ne prêtent jamais leur outil de travail, même à leurs meilleurs amis et encore moins ne l’échangent. Ils ont commencé ensemble comme jeunes apprentis musiciens au début des années 1970. Les protégés de feu Mohamed Lourrassi ont fait leur premiers pas et leur baptême de feu dans un ancien café maure, qui existe encore et dont le parton était un inconditionnel de la musique chaouie traditionnelle à un tel degré qu’il avait réservé dans son lieu de commerce une place rien que pour les flûtistes, qui venaient presque chaque matin, jouer et répéter à son grand bonheur, mais aussi pour le plaisir des clients et consommateurs, qui fréquentaient le “café Guedra” (un lieu synonyme de mélodie et air de montagne et aussi un lieu de rencontre où on pouvait prendre rendez-vous, avec les musiciens pour animer les fêtes aussi bien à Batna, que dans les environs, des plus proches aux plus éloignées dans les Aurès). De mémoire de flûtiste (dit “gssasbi”), Boudi et Aboud témoignent et reconnaissent que l’ambiance était assez bonne et accueillante en zone urbaine aussi bien à Batna que dans les villes limitrophes et même dans la capitale Alger, où ils ont eu l’agréable surprise de rencontrer des connaisseurs de la musique traditionnelle auressienne. Cependant, c’est en zone rurale et à l’air libre, que le rythme et la mélodie deviennent envoûtants, reconnaissent les deux acolytes musiciens. Une parfaite et immuable alliance entre le musicien et son instrument, à laquelle s’ajoute le rythme cadencé et entrainant du bendir sans lequel la flûte reste fade selon nos deux chevronnés. Un autre facteur et pas des moindres, dans les zones rurales, la fête se déroule en plein air, et l’espace compte beaucoup pour une troupe qui compte pas moins de 8 éléments, entre musiciens, chanteurs, danseurs et danseuses, sans oublier la place de choix réservée au berrah, en la personne du défunt Mohamed Salah Beloussif. On imagine mal tout ce bon monde dans une salle des fêtes aussi vaste, acoustique et insonorisée soit-elle. C’est au début des années 1970, quand la flamme de l’indépendance était encore vive, que les troupes dites mixtes (gasba et bendir) ont connu leur véritable âge d’or. Des citoyens attestent et les musiciens bardes confirment que certaines fêtes duraient toute une semaine. Et c’est justement lors d’une grande cérémonie en zone rurale, dans la région de Khenchela, que Boudi et Aboud avaient rencontré et joué pour la première fois avec le grand et regretté Ali El Khencheli. Des refrains sont restés les préférés de la majorité des mélomanes à l’exemple de la berceuse Ayache a memi ou encore Lhoua nouadhrer(le vent de la montagne), Hali madhrour, et de l’ensemble du répertoire du chantre des Aurès, Aïssa El Jarmouni.
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