| “Les Palmiers Blessés” à l’ouverture du Festival de Carthage 2010 |
|
ntellectuel, membre du Parti et un syndicaliste, le père de Chama, qui finit par une trahison de la part du premier, ayant décidé au début de la guerre de Bizerte d’abandonner le champ de bataille et de ne pas secourir, par lâcheté, son ami blessé ? S’agit-il là de la condamnation d’une certaine intelligentsia pactisant avec le pouvoir et dont la mission était d’enflammer les foules avant de se rétracter, les laissant affronter leur douloureux destin ? S’agit-il d’un procès à Bourguiba, dont on entend la voix dans le film, qui a envoyé des volontaires non préparés pour faire face à une armée française majoritaire et forte dans un combat inégal ? Certes, le film suggère toutes ces questions-là, mais il ne va pas loin dans sa logique de dénonciation. Il ne donne pas d’éléments sur ce qui s’est réellement passé et sur les erreurs qui ont pu être commises. Il est vrai qu’Abdellatif Ben Ammar n’est pas un historien mais quand on ose s’attaquer à un sujet historique, il faut d’abord le maitriser et ensuite avoir assez d’audace pour mener à terme sa fouille dans les arcanes de la mémoire collective. Faiblesses techniques “Les Palmiers Blessés” a été axé sur l’idée centrale de la falsification de l‘histoire. Son symbole dans le film est cet intellectuel écrivant un livre sur la guerre de Bizerte. Reste que le traitement de ce personnage manque lui aussi de profondeur. Car il ne reflète pas toute la complexité psychologique de cet homme qui cherche à tout prix à adapter les faits historiques à sa propre volonté et à y occulter cette part sombre de lui-même qui lui rappelle sa lâcheté. Par ailleurs, tel qu’il est présenté, ce personnage est accablé du début jusqu’à la fin. Il est le coupable parfait de toutes les erreurs commises pendant la guerre de Bizerte. Or, il aurait été intéressant pour le spectateur de connaître sa version des faits, d’entendre ses arguments pour se défendre, qui auraient apporté un éclairage supplémentaire sur les évènements historiques. Outre les faiblesses au niveau du scénario, le film souffre aussi de défaillances au niveau technique avec une lenteur excessive des scènes, des incohérences historiques et la négligence de certains détails concernant le maquillage des personnages (par exemple Hechmi Abbas garde le même physique avant et après 30 ans, avec toujours des cheveux blancs et des rides). Finalement, le clin d’œil à la première guerre d’Irak et cette tentative de créer un rapprochement avec la guerre de Bizerte est demeurée non accomplie car le lien est resté superficiel et l’idée sous-jacente n’a pas été bien explicitée. Nous ne voyons pas en quoi cette guerre d’Irak aurait un effet sur le déroulement des évènements ou sur la vie des personnages par exemple? Néanmoins et malgré tous ses défauts, “Les Palmiers Blessés” met le doigt sur deux sujets intéressants, ouvrant ainsi la voie à d’autres afin de l’approfondir, à savoir le devoir de mémoire et la falsification de l’histoire. Très appréciable a été cet hommage aux artistes tunisiens dans cette scène de musiciens où le réalisateur a réuni Sghaeir Ouled Ahmed, Nouri Bouzid, Lasâad Ben Abdallah, Khaled Tebourbi, Nja Mahdaoui et Hamadi Ben Saâd. Il n’a pas oublié non plus son cher ami, feu Mohamed Mahfoudh, ancien journaliste de La Presse. Le long-métrage s’est distingué aussi par une certaine douceur, des atmosphères chaudes et mêmes romantiques. Comme tout film tunisien, il a ses faiblesses mais il mérite quand même d’être vu.
Bookmarker
Envoyer par mail
Commentaires
(0)
|


