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L’Ikebana, l’art floral japonais à Marrakech
Au Japon, on voue un culte à l’art floral. Toute la nature y est déclinée dans un rapport subtil et raffiné entre les créateurs et les éléments végétaux qu’ils remodèlent, agencent pour réussir des signatures d’une rare beauté. En effet, dans le Pays du Soleil levant, il s’agit là del’art de faire vivre les fleurs, un savoir-faire basé sur la composition florale, à la recherche d’une parfaite harmonie des éléments. Entre simplicité, sérénité et harmonie, c’est toute une philosophie de la vie, une approche métaphysique de la nature qui est ici donnée à voir. Et c’est ce que propose à partir du 24 février 2012 et durant trois jours, le Palace Es Saâdi de Marrakech, à travers une exhibition qui met en scène toute la splendeur des fleurs. Le tout en présence d’une grande figure de l’art floral, Claudine Mestari.
C’est là aussi une occasion de voir le degré d’élévation que connaît cette pratique ancestrale au Japon. Entre amour de la nature, goût certain pour les nuances des fleurs, l’attrait des différents coloris que revêtent les plantes, l’artiste nous emmène dans un voyage des sens pour sentir toute la force et la profondeur qui émanent des fleurs. Art de la composition, mais aussi champ fertile d’expérimentation, l’art floral japonais, ou l’Ikebana, est surtout un mode de vie et de penser. Une attitude vitale. Une lecture de la flore et de ses multiples signifiances. Art ancestral Il faut savoir que l’art floral japonais a des sources lointaines.
C’est au Ve siècle que le bouddhisme s’introduit au Japon, et avec lui, les arrangements floraux destinés aux offrandes. Ce que l’on appelé, le Kuge. Dans un premier temps, les kuges se trouvent à l’extérieur, notamment à l’entrée des temples bouddhiques. Leur dimension religieuse est importante. Mais, peu à peu, les fleurs parviennent jusqu’à la statue du Bouddha, et c’est à ce moment qu’on voit pour la première fois des branches et des fleurs piquées dans des carafes. Les arrangements n’obéissent encore à aucune règle et sont modelés selon les goûts des moines qui ont en charge d’entretenir les temples bouddhiques.
Il faut attendre l’époque des dynasties du Nord et du Sud (1336-1392) pour voir les compositions florales gagner les habitations dites classiques. Et ce n’est qu’au 17ème siècle, à l’époque Edo (1600-1868), qu’on voit apparaître des codifications et des règles relatives à l’Ikebana. C’est à ce moment là aussi que l’on assiste à l’émergence des divers courants et écoles d’Ikebana. Art fondamental de la culture japonaise, l’Ikebana était à l’origine une offrande de fleurs dans les temples bouddhistes et se pratique selon des règles précises.
Pour les grands spécialistes, dans leurs différents arrangements, les fleurs et les branches étaient disposées de telle sorte qu’elles pointent vers le ciel. «Chaque branche, fleur ou feuille s’inscrit dans un triangle qui symbolise le ciel, l’homme et la terre.» C’est de là que sont déclinés les multiples sens donnés à cet art dans son rapport à la religion, la pensée et surtout une métaphysique de l’existence. L’Ikebana, considéré comme l’un des cinq arts traditionnels japonais, joue toujours ce triple rôle qui en fait une pratique qui défie les âges et s’adapte à toutes les époques.
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