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«Mammeri» de Malika Kebbas : L’homme, l’œuvre, la parole du juste
C’est ainsi que se veut l’ouvrage inspiré par Mouloud Mammeri. Ce travail  collectif et coordonné par Malika Kebbas, maître de conférences à Bouzaréah, est une démarche de plusieurs universitaires sur l’œuvre mammerienne si complexe. Une  analyse littéraire, menée entres autres par Mohamed Lakhdar Maougal et Aïcha Kassoul,  des textes de Mammeri et du  parcours de l’homme de lettres.
Le chapitre premier est consacré aux débuts du jeune homme qu’est Mammeri. Il a 20 ans, et, il s’initie à l’écriture avec un premier travail «La société berbère». La  vision du «dehors» que rapporte Mammeri sur sa  société d’origine reflète «une distanciation»  qui fait abstraction du moi profond. Ce recul, cet éloignement vis-à-vis de la société qu’il  dépeint socialement et historiquement et de surcroît qui est la sienne, se détermine de prime abord comme étant un regard «négatif, sévère». Il faut rappeler  que l’auteur de La colline oubliée n’a que 20 ans et que nous sommes en 1938. «Mouloud Mammeri semble se conformer ainsi à la thèse qui avait cours, à l’époque, sur les institutions et les mœurs du peuple indigène…», souligne Malika Kebbas. Le jeune écrivain d’alors, malhabile,  avait pris  pour point d’ancrage le regard à sens unique d’une classe sociale européenne et coloniale. Cependant, ce regard extérieur contradictoire à son appartenance poussera Mammeri à remettre en question ce premier texte : «Mon passage de la culture berbère à un genre de vie qui, je crois en est radicalement différent, a été brusque… tout le stock de vérités que l’on m’avait inculquées et dont j’étais forcé de reconnaître la fausseté et l’erreur…»  
A l’indépendance, à la tête du CRAPE,   durant une décennie, Mammeri s’attellera à des travaux anthropologiques et scientifiques qui lui survivront. C’est grâce à ses recherches, puisqu’il a été l’un des premiers  à s’être intéressé à l’Ahellil du Gourara, que cette musique ancestrale est inscrite comme patrimoine de l’humanité.
La deuxième partie de cette étude s’étale sur les années 60 et 70, une période illustrée par l’approche de Mammeri sur la  poésie de Si Mohand et le chant de l’Ahellil. Deux données culturelles algériennes, deux disciplines l’une reflétant un homme, l’autre un groupe. Ensemble, elles constituent l‘essence des êtres qui les véhiculent, des formes d’expression culturelles ancestrales et un destin collectif. Dans les deux cas ses recherches anthropologiques, tant sur la poésie mohandienne que le chant du Gourara sont un souci de sauvegarde et de réappropriation «des racines culturelles.» La poésie de si Mohand, le poète révolté, croisant le divin et le terrestre, l’Ahellil également poésie profane et mystique sont définies par Mammeri comme des textes de nature populaire intégrant le patrimoine immatériel culturel et  composante de l’identité algérienne.
La phase de l’étude se rapportant à l’expression littéraire où l’œuvre romanesque  de Mouloud Mammeri relève les différents   modes d’écritures auxquels Mammeri s’est attelé.  Ils s’articulent autour de l’imaginaire, de l’écriture intime et de l’expression tragique, mais avec cette conception du fait véridique et réel à travers  une trame où domine l’apport de la fiction : «L’œuvre romanesque de Mammeri est donc centrée sur un objectif majeur celui de déployer son devoir de vérité… une vérité qui doit restituer l’homme dans toute son humanité.» Dans l’analyse de Maougal intitulée «Le théâtre visionnaire de Mouloud Mammeri», l’universitaire retient le lien qu’a développé le romancier en puisant dans le contexte historique colonial et post-indépendance s’agissant des  pièces de théâtre à l’exemple de «Le foehn», «La mort absurde des Aztèques» et «La cité du soleil». Les trois textes se recoupent par leur thématique devenant «un instrument de conscientisation et de lutte idéologique… le théâtre restera (pour Mammeri) le genre du dialogue et de la diatribe, parce que cet art» est «…transmissible par voie directe…» Ainsi, la symbolique des textes  implique sciemment le lecteur ou le spectateur  par le biais de la part fictive et chimérique des thèmes et la part de l’environnement historique et social. Aussi, Malika Kebbas considère que l’écriture dramaturgique de Mammeri est «un discours vrai sous couvert de fiction, le passé doit informer le présent, il faut retourner au passé non pas pour s’y enfoncer, mais pour aller de l’avant…»
Quoique «le théâtre de Mouloud Mammeri» soit «resté le parent pauvre des études mammériennes…», il n’en demeure pas moins que le volet de la création théâtrale en matière d’écriture littéraire en l’occurrence celle de ce grand écrivain ainsi que «la littérature francophone algérienne» en l’occurrence le théâtre «aura été, surtout, militante.», donc engagée et nationaliste.
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