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Melos à Dar Chérif
Les nouvelles sur Djerba nous arrivent à travers le prisme des arrivants de Libye, des partants, et des Tunisiens qui vont sur l’île. Les avions sont pleins, à l’aller comme au retour. Des nouvelles souvent peu rassurantes sur l’état du commerce, du tourisme qui veut respirer l’air  des beaux jours. Les chiffres à ce sujet ne sont guère euphorisants, l’économie presque sous perfusion. On évoque le tourisme, l’artisanat, le petit et le grand commerces, un chauffeur se plaint de la cherté des fruits et des légumes… La faute aux Libyens? Un commerçant  évoque des bagarres, des provocations. Les responsables ? Toujours les mêmes, le pays voisin, l’hospitalité des îliens, l’état de la guerre et de la paix sont au cœur des conversations, des polémiques et des bavardages. La grande oubliée de ces réflexions reste la culture, qui souffre mais ne dit mot. Il en faudrait  plus pour réfrigérer les élans enfiévrés de Hamadi Chérif, promoteur du centre de culture et d’art Dar Chérif. Son espace qui tourne à régime régulier,  sa résidence d’artistes accueille du 7 au 11 juillet une série de concerts, organisée par le festival "Au fil des voix", "En Choradis" (Grèce) , Le Festival "Stimmen" (Allemagne) et "Ville des musiques du monde" (France).
Le projet intitulé "Mélos", soutenu par la commission européenne, s’articule autour de quatre concerts. Jeudi dernier, devant un public peu nombreux mais de choix, "En Choradis" ouvrait le  mouvement.
Une atmosphère languissante, l’humidité colle à la peau,  un ciel noir, des étoiles de faible intensité et une demi-lune rougeâtre guette une sculpture bleue d’un homme croisant les jambes, des tableaux de Najet Guerissi, la blancheur du patio de Dar Chérif invite à l’évasion. En Choradis est une formation grecque dirigée par le luthiste Kiriako Kolaitzidis, éminent connaisseur (doctorat) de la musique  byzantine religieuse et profane, le oud constitue son champ de bataille et de recherche, il est accompagné d’un chanteur (Drossos Koutsokostas), d’un violon (Kirokos Petras) et d’un saz bulgare (Periklis Papatrepoulos). En Choradis a enregistré plusieurs albums et  obtenu  des prix dont celui de Radio France 2008.
Les rythmes du premier morceau ressemblent à s’y méprendre à la musique turque, les spectateurs se regardent, une voisine semble même reconnaître l’air. Plus tard  le luthiste explique «C’est vrai pour une oreille non habituée à la musique grecque, celle-ci a bu dans toutes les coupes des musiques du monde, par moments. Ce morceau est un passage d’influence ottomane mais ça prend sa source de plus loin, dès qu’il y a musique modale (voix) on pense à l’Orient et chacun reconnaît son Orient.». Côté pédagogique, Kolaiyzidis est intarissable. Le deuxième morceau est d’un compositeur grec du XVIIIe  siècle, des chansons de Constantinople, la voix monte au ciel, on regarde respirer  le corps du chanteur, la poitrine qui marque les aigus, le cou qui se dresse, ses vocalises qui déchirent l’air; le public est saisi, on voyage d’une mer à une autre, de la Crête joyeuse illustrée par les pizzicati légers du violon. Un morceau " Exil " incontournable pour celui qui connaît les Grecs, une mélodie lancinante,  jouée au violon, renforcée par deux voix qui vibrent et montent au ciel, grégorien ? Accents âpres des montagnes, le public prend de la hauteur, il est en apesanteur, il sera réveillé une heure plus tard par les lumières qui annoncent la fin du spectacle.  En fin de soirée, Kolaitzidis nous évoquera le patrimoine musical grec,  «pas figé», dit-il, ses sources d’inspiration, les échanges interculturels… Il ne tarira pas d’éloges sur l’espace Dar Chérif, il dit, décrit  les yeux grands, en goûtant les pêches plates.
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